Halte aux citoyens-roi !
Mon commentaire sort de mes champs habituels de l’économie, du marketing et des communications. Je trouve que la société québécoise prend un dangereux tournant depuis les événements à Montréal-Nord. Je discute avec des policiers et des citoyens et je me rend compte que les forces policières ne sont plus en mesure de jouer leur rôle de sécurité publique.
Avant toute chose, il faut reconnaître que le monopole de la force physique, détenu par l’État, est le principe à la base de l’économie et de la cohésion sociale. Sans ce monopole, rien ne peut garantir que vos biens sont à vous, vous seriez perpétuellement en train de les défendre. Dès lors, reconnaissons que ce monopole s’exerce grâce à la force armée et aux corps policiers.
Or, actuellement, je ne me rappelle pas avoir vu les policiers autant discriminés.
Autant conspués.
Si détestés.
Depuis ces événements, la direction du SPM semble avoir laissé tombé ses employés. La première réaction du maire Tremblay et du ministre de la Sécurité publique n’a pas été de défendre le travail policier, mais de le remettre en question. Et ceci survient après le procès de Parasiris pour le meurtre d’un policier de Laval, qui ’est conclu par sa remise en liberté. Tout ceci s’additionne et envoie un signal clair à la population: les policiers ne sont plus intouchables. Ils ne sont plus les seuls à représenter la Loi.
Faites ce que vous voulez, les policiers ne peuvent plus rien contre vous. Ils ne peuvent plus faire leur travail, ils ont les poings liés par des enquêtes administratives, par des plaintes farfelues, parce que le citoyens est devenu un citoyen-roi ayant tous les droits et aucune responsabilité, et parce que la socitété québécoise préfère avoir des policiers moumounes qu’une vraie autorité constabulaire faisant régner la Loi.
Oui, c’est bien de ce dont il s’agit. Faire régner la Loi. Je ne parle pas d’un État policier dans lequel les policiers font à leur guise. Je parle d’un État de droit, où mes libertés sont garanties par les lois et par une autorité qui a la légitimité de la faire. Pas par un modèle de policier menottés devant un citoyen.
À l’heure actuelle, les groupes de pression semblent avoir le dessus sur les corps policiers. Ils savent comment gagner la guerre de l’image dans les médias. Ceux-ci leurs donnent facilement la parole, surtout lors d’événements tragiques. Je n’ai pas vérifié l’ensemble des couvertures médiatiques, mais il me semble qu’ils ont donné plus souvent la parole aux groupes de pression et aux citoyens en colère qu’aux policiers. En agissant ainsi, les médias donnent une crédibilité accrue aux groupes de pression qui en profitent pour se profiler comme les défenseurs des droits des opprimés contrela brutalité policière, et les mieux placés pour juger du travail des policiers.
Parlant des médias…
Connaissez-vous le gate keeping ? C’est pourtant une pratique courante. Les médias ne peuvent tout diffuser. Ils doivent sélectionner les informations qui seront diffusées dans les journaux et dans les bulletins télévisés. Cette sélection, c’est le gate keeping. Il se fait à partir de ce qui vend le plus: les 4 S: sang, sexe, sport et sensationnalisme. Pour vendre, il faut que les consommateurs soient captivés. Dès lors, les médias n’ont qu’un pas à franchir pour cesser de servir l’intérêt public, qui est leur rôle, pour servir l’intérêt du public, bien plus vendeur. Vous saisissez la différence ?
Le gate keeping va bien plus loin. Le chef de pupitre assigne les journalistes à des événements. Dans certains cas, il leur dit même sous quel angle ils doivent l’aborder. Peut-on vraiment parler d’objectivité de la presse ? Il y a longtemps que je n’y crois plus. Ceci risque de changer, car un nouveau modèle de média fait surface, et ce n’est pas une mauvaise chose: le citoyen-média. J’aurai l’occasion d’en reparler.
Bref, je suis inquiet des conséquences de cet avènement du citoyen-roi. À quand se cotisera-t-on pour payer une amende pour pouvoir cracher sur les policiers ? Les gangs de rue seraient-ils devenus la Loi ? Tout ce que l’on fait en agissant ainsi, c’est affaiblir les corps policiers. Il serait temps que la classe politique remette les pendules à l’heure: la Loi, ce sont les policiers qui sont chargés de l’appliquer.
Pas les gangs de rue.
Pas les médias.
Pas les citoyens.
Halte aux citoyens-roi.

